Nous devrions peut-être nous engager dans la moindre marche avec un esprit d’éternelle aventure sans retour – prêts à renvoyer nos cœurs embaumés comme des reliques vers nos royaumes affligés.

Henry David Thoreau

Le « poème des regards » de W.G. Sebald et Jan Peter Tripp

Patrice Beray

Au moment de sa mort accidentelle sur une route d’Angleterre fin 2001, l’écrivain et poète allemand W. G. Sebald a laissé trente-trois courts et derniers poèmes qu’il avait confiés au peintre Jan Peter Tripp. Les éditions Fario présentent sous la forme d’un bel album à l’italienne la version française de ce livre, où figurent ces poèmes et les gravures réalisées « en regard ».

Les deux amis avaient en effet le projet commun d’un livre qui serait, comme le rapporte Andrea Köhler en postface de cette édition, un « poème des regards », où « le texte et l’image ne s’explicitent ni même ne s’illustrent mutuellement, mais (…) entrent en un dialogue préservant pour l’un comme pour l’autre sa propre chambre d’écho ». Tel est ce dessein que Jan Peter Tripp a donc dû agencer seul, l’arbitraire de la disposition, de son seul fait, des regards qu’il a gravés, quasi photographiques, ajoutant à l’effet de surprise, le poème étant comme capté, au moment où il se pose, encore emplumé et vif, sans que même ne l’ait effleuré la limaille du temps.

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« Nul encore n’a dit »

Le dernier livre écrit par W.G. Sebald, publié après sa mort accidentelle, fut conçu avec un artiste, Peter Tripp. Les deux hommes étaient amis depuis l’enfance et proposèrent ensemble le projet à l’éditeur allemand Michael Krüger. Les lithographies de Tripp exposent trente-trois regards auxquels font face autant de poèmes courts, dont la forme se rapproche de celle du haïku, de Sébald. Nul commentaire de sa part, plutôt un contrepoint, une sorte de construction elliptique, fulgurante, et décalée, ouverture à la « vision » dont ces regards demeurent la trace.  L’art de Tripp est un jeu subtil avec le réalisme et, comme on peut le voir

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