Choisir son camp ?

Isabelle Lévesque

Sur ceux-là qu’on maudit de Mary-Laure Zoss

La périphrase contourne le nom. Qui sont-ils, « ceux-là » ? Pourquoi cette malédiction ? La première encre noire de Jean-Gilles Badaire nous propose la longue silhouette macabre et menaçante d’une sorte de pendu sans corde.
La Vaudoise Marie-Laure Zoss a composé ce livre, comme les précédents, d’une série de courts textes en prose, sans majuscule au début ni point à la fin. C’est un flux qui s’arrête et reprend, comme par saccades. C’est le « sauve-qui-peut des syllabes » d’« une langue impossible à parler ». Le rythme heurté des phrases, la succession des consonnes, laissent une impression de long combat dans un monde où l’on peut se perdre tant il est divers, comme le montre un vocabulaire très précis, qui utilise toutes les ressources du lexique francophone. Ici, pas d’oiseaux en général, des « râles d’eau », une « sitelle ». Pas d’herbes ou de fleurs, des « laîches » ou des « orties ». « Trois mots qui se mêlent de rapercher – rien à faire », comme on dit en Suisse. Nous sommes placés « en face des avalanches », près du désastre. Bref, « le verbe rauque et dilacère », proche parfois du Grand Combat d’Henri Michaux (mais sans néologismes).

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ceux-là qu’on maudit

Des perdus, des fâchés, des forcenés, des mioches embarrassés de leur corps et de leurs cris, affrontés aux pays, aux bordures des forêts, à la fougère et à la nuit. Dans le froid, une ébauche d’âme se disperse en buée. C’est l’enfance. Les poèmes en prose de Mary-Laure Zoss n’ont pas d’équivalent, bien que nourris par des voix qu’on ne saurait réduire au chœur pourtant très riche de la poésie suisse romande, de Roud à Chappuis en passant par Chappaz ou Jaccottet. Petits blocs durcis pour résister au temps et aux modes, une histoire y apparaît en filigrane, une famille plutôt vague s’y dessine,

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