ceux-là qu’on maudit

Des perdus, des fâchés, des forcenés, des mioches embarrassés de leur corps et de leurs cris, affrontés aux pays, aux bordures des forêts, à la fougère et à la nuit. Dans le froid, une ébauche d’âme se disperse en buée. C’est l’enfance.

Les poèmes en prose de Mary-Laure Zoss n’ont pas d’équivalent, bien que nourris par des voix qu’on ne saurait réduire au chœur pourtant très riche de la poésie suisse romande, de Roud à Chappuis en passant par Chappaz ou Jaccottet. Petits blocs durcis pour résister au temps et aux modes, une histoire y apparaît en filigrane, une famille plutôt vague s’y dessine, chacun comme membre épars d’un grand corps menacé de dislocation : à vau‑l’eau, l’un traîne sous les toits, l’autre fait front aux vitres, un troisième se rue dans les combes…

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Et de quoi ça parle au fond ? Pour aller à l’essentiel, ces esquintés, ces reclus, ces demeurés n’ont pas encore essayé la parole ; elle, elle en perçoit le secours somme toute précaire, audacieux. Elle y va. Durement, âprement, parfois comme à reculons. La poésie de Mary-Laure Zoss, c’est ça : tenter de s’accrocher aux mots comme aux cris des buses qui tournoient dans les mélèzes, alors qu’on n’y voit pas grand chose, que tout semble définitivement gâché dans le fouillis des choses, dans la violence immédiate des êtres, dans l’insondable des visages ou des murs de roche, dans la vieille souillure des viscères.

[…]
à coup sûr ils y vont, happés vers les basses branches, le fouet bruissant des nocturnes aux lisières ; on sait leur âme distraite vers le petit jour moisi dans l’à pic — qu’exhale l’air froid, s’y éraille entre les pierres gélives le cri flotté du grand corbeau ;

eux, de leur chute dûment instruits, nous précèdent et tiennent bon, en dépit du fil trop court de leurs gestes, de taille encore à détacher la baie rouge des églantiers, les lunes sèches d’entre les épines et leur papier translucide ; assaillis peu ou prou, mais dignes encore une fois de ce qui leur arrive, tandis que nous, pris d’angoisse, ne faisons que griffonner de piteuses tragédies, filer d’ores et déjà quel linceul pour des lendemains exsangues ; et de cela, jour après jour, nous nous faisons grief

Cinq encres de Jean-Gilles Badaire accompagnent le texte de Mary-Laure Zoss.

Tirage de tête : XXX exemplaires sur Arches 160 grammes, numérotés de I à XXX et signés, accompagnés d’une peinture hors texte de Jean-Gilles Badaire, au format de l’ouvrage, l’ensemble sous étui toilé, ainsi que 6 exemplaires H.C. numérotés de A à F.
Prix : 130 €.

Jean-Gilles Badaire

Jean-Gilles Badaire : né en 1951, peintre, dessinateur et écrivain, il est familier de la croisée entre poésie et peinture. Tous les formats sont les siens, de l’échelle monumentale des demeures historiques (Château de Chambord) et aux espaces extérieurs, jusqu’au cadre réduit des pages de carnets et de livres. Parmi ses nombreuses collaborations avec des poètes, citons : Joë Bousquet, Bernard Noël, Blaise Cendras, René Daumal, Giuseppe Ungaretti, Julien Gracq, François Augiéras, Salah Stétié… Aux éditions Fario : ceux-là qu’on maudit de Mary-Laure Zoss, avec des peintures de Jean-Gilles Badaire. Tirage de tête à 30 exemplaires accompagnés d’une oeuvre originale au format du livre,

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Mary-Laure Zoss

Mary-Laure Zoss vit à Lausanne. Son premier livre, Le noir du ciel, publié en 2007 aux éditions Empreintes a été couronné par le Prix de poésie C.F. Ramuz. Elle a depuis publié chez Cheyne éditeur les recueils suivants : Entre chien et loup jetés, 2008 ; Où va se terrer la lumière, 2010 ; Une syllabe, battant de bois, 2012 ; Au soleil, haine rouée, 2014. Elle a collaboré à la revue fario depuis sa création. Son plus récent livre, À force d’en découdre a été publié aux éditions Le Réalgar, en 2019. Aux éditions Fario : ceux-là qu’on maudit, avec des peintures de Jean-Gilles Badaire. 2016.

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