Comme un étranger sur la Terre

Les carnets d'un écrivain très mystérieux qui décrit le monde tel qu'il va et surtout tel qu'il ne va pas.

Sébastien Lapaque

Baudouin de Bodinat sait écrire : pour entendre la majesté de cette suite d’incises et de subordonnées, il faut savoir lire, une qualification devenue rare dans l’épaisse nuit du siècle où nous sommes. […] Témoin de sentiments délicats et de mœurs raffinées, l’écrivain observe avec effroi « une déchéance de la faculté sensible », imputable, songe-t-il, à « certain déficit d’élaboration du moi ». Dans les « ténèbres morales sans plus aucun code de bien­séance » où nous nous enfonçons, nos vies simplifiées sont des vies colonisées par les messages, le bruit, les stimuli, les informations fausses et vraies qui rendent impossibles tous replis dans un quelconque arrière-pays. Il faut être ivre comme un électeur de Marine Le Pen à l’heure de l’apéritif pour se hasarder à crier : « On est chez nous. » Sous le talon de fer de la Technique, nous ne le sommes plus nulle part.

En attendant la fin du monde

Il y a ce que l’on constate, ces pôles qui fondent et ces vents d’une violence inconnue, cette vie dont le nombre des espèces si rapidement s’amenuise, ces foules sans horizon et sans boussole, ces eaux qui montent, ces contaminations, ces embrasements inquiétants un peu partout. Il y a également ce qu’on peut lire, lorsque 15 000 scientifiques de toutes disciplines s’alarment et lancent ensemble un rappel de ce qu’il n’y en a plus pour longtemps à continuer à ce train, et que passé un certain seuil il sera trop tard. (Comme si le seuil n’était pas déjà loin derrière nous.) Et puis tout continue

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Au fond de la couche gazeuse

Comme on s’informe des moeurs et usages d’une colonie animale en observant à bonne distance ses foyers d’attroupement, ses circulations saisonnières, ses activités significatives, il est indispensable d’examiner l’état actuel de la collectivité humaine et l’esprit qui l’anime en tâchant de se projeter, autant que possible, en dehors ou au-delà de ce « Dôme » d’ondes électromagnétiques qui la retient captive (à plus de sept milliards se gênant d’être entassés là sans issue). Et tout autant d’essayer de saisir ce qui se tient comme pensées et sensations frustes derrière l’expression neurasthénique de ceux que l’Âge numérique a assujetti à ses écrans. Des observations, des relevés

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