Nous devrions peut-être nous engager dans la moindre marche avec un esprit d’éternelle aventure sans retour – prêts à renvoyer nos cœurs embaumés comme des reliques vers nos royaumes affligés.

Henry David Thoreau

Chroniques de la perte, par Eugenio De Signoribus, écrivain

Fabien Ribery

« Sans doute que déjà, au ventre de la mère, on grandit avec l’aliment de ses soupirs anxieux, avec la nostalgie de rentrer avant même que de sortir, et avec ses larmes qui inondent tous les plis de l’univers interne. Elles imbibent jusqu’aux poudres du nouveau-né. Ce que l’on va devenir est-il là, prisonnier de tant de renoncements, malmené dans le flot d’une souffrance ? Ainsi mieux vaudrait ne pas naître. »

Il faut rendre grâce aux éditions Fario de nous présenter régulièrement, dans des volumes toujours très soignés, des auteurs formidables.

Ainsi le poète et prosateur italien – quelle différence ? – Eugenio De Signoribus avec l’ensemble de textes vibrant de sensibilité réunis dans Un manuscrit domestique.

Il y est question, de famille, de vie et de mort, de destin, d’expériences ténues et fondamentales.

Tout est ici à la fois précis et de délicatesse, chaque phrase est à la fois transparente et opaque, une voix unique se fait entendre.

De nature autobiographique, les textes peuvent être aussi fictionnels – quelle différence ?

On ne sait pas forcément qui sont les personnages, le père, le fils, la mère, tel ami, mais ce sont davantage des figures universelles que des indiscrétions biographiques.

Il y a des poèmes, des récits de rêves, des manières d’éducation, une orchestration des âges de la vie.

Il ne s’agit pas d’exhiber un style, mais de soulever des voiles d’enfance, d’écarter, mais pas trop, les tissus de pudeur.

La parole est première, elle vient avant les faits.

Lire ici la suite de l’article, sur le site de L’intervalle.

Un manuscrit domestique

Lorsque un poète entre dans la prose, c’est peut-être, nolens volens, avec l’espoir, l’attente, d’en découvrir des mystères nouveaux, d’en faire jouer des ressorts inconnus. Et d’en corrompre les genres établis. Ici, avec ce Manuscrit domestique, une forme d’autobiographie se risque pas à pas, comme discrètement, sur une crête étroite entre fiction et souvenir. Le paysage se distingue à peine de la géologie, les générations s’emmêlent, semblent se fondre les unes dans les autres, les chronologies s’effacent, ou se disloquent sous le poids de la répétition, les profondeurs de champ varient, les contours de l’auteur et du narrateur s’entretissent et puis, parfois,

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