Octobre dix-sept

René Chalupt ; André Salmon ; Léon Bloy ; Laure

AUTOMNE 2017 :
Quatre livres, chacun sous étui, réunis sous bandeau.

1

Le nom de René Chalupt, poète proche des « fantaisistes », serait aujourd’hui tout à fait oublié s’il n’était associé à celui de plusieurs mélodistes, tels que Georges Auric, Albert Roussel, Erik Satie, ou encore Darius Milhaud qui harmonisa douze des quinze poèmes des Soirées de Pétrograde. Rien n’est plus injuste que cette inattention à une voix dont les accents voilés d’ironie portent au cœur. Divisée en deux cycles, « L’Ancien Régime » et « La Révolution », l’œuvre fut créée en 1919 et Les Soirées parurent en 1921 dans La NRf. Depuis, elles attendaient de revêtir la simple dignité d’un livre. Leur entrée dans « La Bibliothèque des Impardonnables » illustre ainsi la pertinence de la notion de réédition originale.

2

André Salmon, figure du Montmartre 1900 autant que du Montparnasse des Années folles, fut lié à nombre de poètes, tout particulièrement Apollinaire, ainsi qu’à des peintres dont plusieurs (Picasso, Modigliani, Marie Laurencin…) illustrèrent ses éditions originales.  Jeune homme, il séjourna à Saint-Pétersbourg. Avec Prikaz, (« décret » en russe), il publie en 1919 un poème qui met en scène lyriquement l’exaltation produite par la Révolution d’Octobre, épopée miniature transposant poétiquement l’esthétique cubiste. Prikaz, qui continue à enchanter les amateurs secrets, n’avait plus paru séparément depuis sa seconde réédition, voici plus de soixante ans.

3

En souvenir de Laure de Sade (ou de Noves), muse de Pétrarque et aïeule du « Divin Marquis », Colette Peignot (1903 – 1938) reçut de celui qui fut son compagnon à partir de 1934 jusqu’à sa mort, Georges Bataille, ce prénom de plume. Parus hors commerce en 1939, grâce aux soins de Michel Leiris et de Bataille, les notes, fragments et poèmes qu’elle a laissés seront réédités trente ans plus tard, par les soins cette fois de son neveu Jérôme Peignot, rencontrant dès lors une plus large audience, notamment dans certains milieux d’avant-garde de l’époque. Cherchant « l’accord entre soi-même et tous les instants de la vie », Laure porte témoignage, en marge de la littérature, d’une expérience des limites marquée notamment par un érotisme vécu jusqu’à ses ultimes conséquences, expérience qu’elle désignait sous le nom de « sacré ».

4

Né en 1846, mort en octobre 1917, tenant d’un catholicisme « absolu et intégral » auprès duquel nos lefebvristes font figure de séniles enfants de chœur, le « Mendiant ingrat », comme Léon Bloy aimait à se nommer, a laissé quelques rares poèmes en prose, dont La Méduse Astruc, l’une de ses toutes premières œuvres. Il évoque dans son Journal ce « poème fou » que lui inspira un buste de Barbey d’Aurevilly sculpté par Zacharie Astruc.

Maldoror apostolique et romain, pourfendeur du clergé, de ses confrères écrivains et du bourgeois honni, emblématiques à ses yeux de la veulerie et de la sottise modernes, Bloy donne déjà ici, en grand débutant (1875) et sur un mode volontiers lyrique jusque dans ses outrances, la mesure de la vigueur qu’illustra l’écrivain et pamphlétaire futur.