mezzo voce

Photographies de Dolorès Marat

Accompagnées par un texte de Lionel Bourg : Ce que disent tout bas de si belles images

New-York, Palmyre, Avignon, les transports suburbains, le désert ou les rives, il n’y a pas de lieu pour photographier. On est ici aux antipodes du reportage, de la préméditation, et pourtant c’est bien le monde qui paraît, son absurde, ses combinaisons hasardeuses ou divines, sa densité, ses vibrations humaines, animales, minérales. Son art d’être là plutôt que de ne pas être. L’art aussi de guetter et de recevoir de Dolorès Marat, qui jamais ne retouche ni ne recadre. C’est aussi ce qu’on peut sauver, malgré tout, par cette empreinte dérobée dans l’errance, la divagation.La solitude affecte tout : une statue, une bête en cage, un mendiant, un acteur, un nuage. Elle est ici est la frappe d’une singularité, le miracle d’une aura restituée en ces temps d’objets stéréotypés et de foules subjuguées par leur image, ignorantes du minuscule étonnement d’une présence.
Ces photographies sont le plus souvent prises au jour naissant ou au crépuscule sinon sous la lune, parfois dotées d’un flou qui souligne une vision plutôt qu’un compte-rendu, versant les images dans une vapeur fuligineuse d’où elles semblent émerger comme du profond de la Nuit.

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Dolorès Marat a quelques fois indiqué qu’elle photographiait faute de pouvoir dire : le titre indique cela aussi, et si ce livre donne une voix à entendre, c’est tout bas. Loin des vociférations ou du commentaire.

C’est que photographier, décocher des flèches d’ombre et de lumière là où « l’oeil écoute », ne voir, ne soutenir que la paupière aveugle d’un aède ou d’un Œdipe incestueux, murmurer, s’évanouir, s’engloutir et revenir à soi, bredouiller de tous ses yeux, faire le point, sur sa vie, la vie, les années qui s’émiettent ou que l’on sème parce que l’Ogre, fatalement, rattrapera le Petit Poucet auquel on a confié la clé des champs, aller au devant du monstre, trancher la corde, couper les ponts, Dolorès ne saurait en perpétuer le rituel sans fourbir « cette part de mirage » qui, stipule Eduardo Lourenço, « retarde la nuit », tisse la moire de l’espérance et convertit l’apocalypse en promesse.

L. B.

Cette édition comprend vingt exemplaires numérotés accompagnés d’un tirage signé, tirage lui-même numéroté de I à VII ou de I à VI, au format 29,7 cm x 42 cm sur papier Japon.

Lionel Bourg

Lionel Bourg réside à Saint-Étienne. Enseignant jusqu’en 1989, il se consacre depuis entièrement à l’écriture. Si son travail l’aura au fil des ans conduit à entreprendre et poursuivre la rédaction d’une sorte de Journal ininterrompu où tout ce qu’il compose, poèmes, petites proses, pamphlets, notations quotidiennes, concourt à établir un rapport au monde critique et amoureux tout ensemble, il n’en continue pas moins de rédiger des textes de plus vaste coulée, lesquels organisent en récits et essais mêlés autobiographie et quête d’une manière de sens. Son goût de la peinture, des arts marginaux, bruts, premiers, l’ont par ailleurs déterminé à développer une réflexion d’ordre « esthétique »

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Dolorès Marat

Dolorès Marat est née Paris et vit aujourd’hui à Avignon. Photographe indépendante, elle continue sa recherche au détriment des modes et des genres. Son travail d’auteur a longtemps utilisé uniquement le procédé de tirage Fresson. Exposée dans le monde entier, Dolorès Marat a publié de nombreux livres, parmi lesquels : New-York USA, (Marval, 2002), Illusion (avec Marie Darrieussecq, Filigranes, 2003), Paris, Correspondances (avec Arlette Farge, La Pionnière, 2015). Dans les photographies de Dolorès Marat, « le spectateur peut imaginer de multiples fictions, aventures, sentiments, ébaucher des scénarios. Toutes les images de Dolorès Marat fonctionnent sur le même système : susciter, provoquer I’imagination de celui qui regarde. Des personnages fantomatiques surgissent de

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