comme l’eau, le miroir changeant

[…]
Il faudra relire Lorca encore une fois, maudire entre les dents la maîtresse partie, sans remords,
fière du nouvel homme qu’elle entoure de mystère,
traîtresse, oublieuse des promesses, il faudra laisser
les adorations, ces puissantes mécaniques, les espérances, l’amour s’engouffre dans les miroirs, la femme
brune ou blonde ne l’ignore pas, il faudra laisser ces
épaisseurs d’un temps, oublier sa race, ses goûts, ses
morts, les océans, les bacchanales, la pulpe des vagins, oublier toutes les humeurs, les chambres du
trajet, les retours après les voyages à Madras et à
Wellington, les voyages s’ajoutent, les vases se déposent dans l’étang, la jussiée s’en nourrit.

[…]

Carte de Venise au XVIe siècle
Cristoforo Sabbadino — 1552

Note de l’éditeur

Une destination, apparente ou souterraine, peut assurer à des pages disjointes, écrites au cours de quelques années, une même focale. C’est du moins ce dont l’éditeur a pris conscience et ce dont l’auteur a bien voulu se laisser convaincre.
La destination apparente, c’est un lieu, puisque la revue fario a publié une première version des cinq premiers textes de ce petit volume. Le sixième, L’éloquence de la perruche, est inédit.

La destination souterraine, au lecteur de la dessiner, mais on ne peut écarter ceci, une hypothèse : la margelle du temps où nous nous tenons en déséquilibre est celle des effondrements et des désastres à une échelle qu’on aurait eu naguère peine à imaginer. Elle conduit à une inévitable et hélas nécessaire opération, que seule une sensibilité encore aiguisée peut effectuer à l’intention des hommes nouveaux que nous devenons : un inventaire de ce qui tenait à l’âme et au corps de ceux que nous pensions pouvoir demeurer.

Imprimé en deux couleurs sur vergé blanc 90gr, couverture en Curious métallic Cognac 300gr à rabats, composé en Baskerville corps dix et demi pour le texte et en Cochin pour les titres. Tirage limité à 600 exemplaires.

Serge Airoldi

Serge Airoldi vit et travaille à Dax. Il est né à Auch, dans le Gers, en 1966. Après des études de lettres, de droit, de sciences politiques, il devient journaliste au quotidien Sud Ouest en 1993 où il travaille jusqu’en 2008. Pendant cinq ans, il y a tenu une chronique littéraire mensuelle. Il est aujourd’hui directeur artistique des Rencontres à Lire, le salon du livre de Dax et collabore à la revue bordelaise Le Festin ainsi qu’à la revue littéraire Le Matricule des Anges. Depuis le premier numéro, en 2005, il écrit dans la revue fario. Serge Airoldi a notamment publié Le Veilleur de Matera (La Fosse aux

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