Le métal a de fabuleuses propriétés lumineuses, observées depuis longtemps et analysées par divers corps de métiers, jusqu’aux rêveurs. Un des plus poétiques anthropologues de notre période, Tim Ingold, merveilleux pédagogue par ailleurs (voir « Faire », éditions Dehors, 2017) a beaucoup observé ces divers éclats de lumière du métal ou de … lune… Ce livre, édité par les exemplaires éditions Fario (qui ont édité longtemps Fario, la plus belle revue du monde) s’appelle Argent sous la lune.
Déjà, je rêve.
Elle est ronde, il ne s’agit plus ici de La brève histoire des lignes (Zone sensible, 2011).
Déjà je lève les yeux vers la lune, son énigmatique visage, son mutisme et sa froideur d’argent tant célébrée par Trakl.
Elle ne dira jamais rien.
Silver
Tim Ingold part de « silver », le mot anglais pour la couleur argent. Son origine latine, cependant, argentum, vient « de la racine indo-européenne qui signifie « briller » et « blanc ». L’argent est donc ce qui brille en blanc » (p.7).
On a tous vu des éclats argent dans certaines pierres, les écailles des poissons filant dans l’eau… Tim Ingold décrit la grande beauté du paysage lapon enneigé sous la pleine lune. On retrouve cette merveilleuse couleur dans les si beaux tableaux d’Ana-Eva Bergman.
De là, Tim Ingold s’intéresse également à diverses teintes argentées de certains métaux : « le métal, bien sûr, est un matériau extrait des profondeurs de la terre. La blancheur et la brillance, elles, sont des propriétés de la lumière. En termes encore plus généraux, la question devient la suivante : quelle est la relation entre la lumière et la matière ? » (p.10). Celle de l’argent est-elle principielle ou « annexe » ?
Tim Ingold écrit, via le spécialiste James Gibson : « la lumière semble être la seule chose que nous ne voyons jamais » (p.12) et pourtant nous l’expérimentons continûment et de multiples façons. Mille manières de la décrire et la poésie trouve dans la lumière un de ses rêves, un de ses espoirs les plus forts, un de ses ressentis les plus intenses. « La lumière est l’expérience même d’un monde lumineux » (p.13). C’est une phénoménologie de la perception. Par l’expérience des vaisseaux notamment, donc d’une certaine manière de la flamme, « la voir, c’est voir avec elle » (p.17).
« Le paysage change-t-il avec la lumière ? »
Mais qu’en est-il de cette couleur argent ou de ces couleurs argent ?
La méditation de Tim Ingold ici est aussi intensément poétique qu’anthropologique.
La lune est pâle, contrairement au soleil. Sa lumière est blanche et froide. En Laponie « bien que la lumière semblât aussi claire que pendant le jour… sa qualité était foncièrement différente. Elle était pâle, légèrement cendrée. Les contrastes de couleur étaient estompés, voire entièrement supprimés, dans un champ de variation largement achromatique, tout en nuances de gris et de blancs » (p.19). Tim Ingold évoque les différents états dus aux différentes composantes de la lumière, mais comment change la clarté de la lune ? On dit la lumière du soleil, si franche, on dit que la clarté de la lune qui même lorsqu’elle semble très brillante certains soirs éclaire moins qu’elle ne met en relief les ombres : « A mesure que change la lumière, change le paysage » (p.21). On le voit dans de nombreux tableaux, de Böcklin à Friedrich. Ce n’est pas la couleur or, c’est la couleur argent qui domine.
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