Thierry Laget revient chez Fario avec un petit livre dont le titre seul intrigue, amuse et attire : Proust en soutane. Paru en février dans la collection « Théodore Balmoral », ce bref volume de 88 pages se présente comme une enquête littéraire autour d’une relation peu connue : celle du jeune Marcel Proust avec l’abbé Pierre Vignot, prédicateur célébré de son temps. Fario annonce moins une étude savante de plus sur Proust qu’une résurrection délicate, nerveuse, presque romanesque, d’une amitié, d’une influence, d’une conversation spirituelle et esthétique.
Le point de départ est magnifique : le 19 février 1893, Proust se lève à l’aube pour entendre un sermon de Carême prononcé par l’abbé Vignot à la chapelle de l’école Fénelon. De là naît une proximité singulière entre les deux hommes : concerts, réveillons, échanges, admiration. Tout l’intérêt du livre semble tenir dans cette question subtile : que s’est-il véritablement joué entre ce prêtre formé à Saint-Sulpice et celui qui deviendra l’auteur de La Recherche ? Fascination, compagnonnage intellectuel, séduction spirituelle, affinité plus profonde dans le rapport à l’art et à l’âme ? C’est cette zone de trouble et de lumière que Thierry Laget explore avec une finesse très sûre.
Ce qui donne aussi envie d’ouvrir ce livre, c’est la figure même de l’abbé Vignot telle qu’elle ressurgit ici : un homme d’Église dreyfusard, anarchisant, sensible au catholicisme social, tourmenté, avide de lectures, de voyages, et parfois tenté de renoncer à son ministère. On découvre ainsi, derrière l’orateur sacré, un personnage moins convenu qu’il n’y paraît : non un simple prédicateur de chaire, mais une conscience inquiète, mobile, ouverte aux secousses de son temps. Regardé alors comme un très grand orateur ecclésiastique, professeur à l’école Fénelon, respecté profondément par Proust, Vignot apparaît comme l’une de ces figures jadis fameuses que la postérité a presque laissées retomber dans l’ombre.
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Proust en soutane
Le 19 février 1893, le jeune Marcel Proust se lève à l’aube pour assister à l’un des fameux sermons de Carême que l’abbé Pierre Vignot — le plus grand