Nous devrions peut-être nous engager dans la moindre marche avec un esprit d’éternelle aventure sans retour – prêts à renvoyer nos cœurs embaumés comme des reliques vers nos royaumes affligés.

Henry David Thoreau

Méditations sur Don Quichotte, José Ortega y Gasset 

Didier Ayres

Le premier livre de José Ortega y Gasset constitue le premier pas d’une philosophie espagnole encore assez peu connue en France, sinon reconnue, et le premier pas tout court pour le philosophe. Il est constitué de trois parties distinctes : d’un préliminaire, qui représente un quart de l’ouvrage, et de deux méditations d’un volume équivalent. Chacune des deux méditations sont marquées par l’élévation de la pensée de l’auteur vers des domaines esthétiques, culturels ou rationnels.

Ma difficulté, je l’avoue, c’est que ma formation philosophique n’est pas savante. Je me suis forgé une connaissance de la philosophie grâce à mes lectures et certains apprentissages connexes à mes études universitaires. Je suis plus artiste que philosophe — mais des exemples comme celui de Nietzsche font bien tomber les barrières… Donc j’ai essayé de lire l’opus comme je l’aurais fait d’un ouvrage littéraire. Au reste, cette écriture du début du XXème siècle est très moderne ; elle évoque l’herméneutique de Derrida ou la langue de Foucault. C’est une écriture qui se déplie, qui joue sur de doubles entendements, qui épaissit la réalité et rend plus pleine la compréhension du monde.

Ce qui semble constant, c’est que l’auteur est mû par le désir de comprendre, de mettre en relation, d’exprimer un sentiment intellectif. Le but de ses méditations est bel et bien de nous faire comprendre les limites du réel, ou bien la réalité de la folie, de l’appartenance humaine au mythe, où le surnaturel interroge ; quelle plus belle métaphore que celle de Don Quichotte !

En ce sens, je considère que la philosophie est la science générale de l’amour : dans la sphère intellectuelle, elle représente la plus grande impulsion vers une connexion universelle. À tel point qu’elle met en évidence une nuance de différence entre comprendre et simplement savoir. Nous savons tant de choses que nous ne comprenons pas ! Toute la sagesse des faits est, à strictement parler, incompréhensible, et ne peut se justifier qu’en se mettant au service d’une théorie.

Cette philosophie idéaliste (on pourrait peut-être avancer prudemment, subjectiviste) est positive, non dans le sens scientifique, mais par son engouement, son enjouement pour la vérité. Elle est tournée vers la vérité (en n’hésitant pas notamment à disserter sur l’idée chez Platon). Elle agit par intuition, en direction du plaisir esthétique. C’est en cela qu’elle est très prenante et passionnante.

Lire la suite sur le site de La Cause littéraire