Nous devrions peut-être nous engager dans la moindre marche avec un esprit d’éternelle aventure sans retour – prêts à renvoyer nos cœurs embaumés comme des reliques vers nos royaumes affligés.

Henry David Thoreau

Méditations sur Don Quichotte, José Ortega y Gasset 

Où il est question de sublime et de ridicule

Charles Duttine

Où il est question de sublime et de ridicule

La question « Qu’est-ce qu’un chef‑d’œuvre ? » que l’on soumet volontiers — et à juste titre — aux apprentis philosophes, n’en finit pas de faire naître toutes sortes de méditations, d’interrogations et de réflexions. Qu’en est-il de la nature d’un chef‑d’œuvre, de son intérêt et de la place qu’il joue dans nos vies ? Rien ne vaut se frotter presque quotidiennement à ces textes intemporels, quitte à délaisser nos contemporains, des fâcheux pour nombre d’entre eux. Et de continuer à lire les chefs‑d’œuvre et les relire. Ils nourrissent notre imaginaire, brillent ainsi que des références et jouent comme des miroirs de nous-mêmes au point qu’il nous est impossible de nous en passer. Ainsi de « Madame Bovary », ou encore de « L’ingénieux hidalgo Don Quichotte de la Manche ».

À propos de ce dernier, les éditions Fario ont eu la bonne idée de republier l’ouvrage d’Ortega y Gasset « Méditations sur Don Quichotte », premier essai de ce philosophe espagnol, édité en 1914 et représentatif de ce que l’on a appelé « la génération de 14 » ; un ouvrage bien intéressant pour de multiples raisons, notamment esthétiques et philosophiques.

« Méditations », le terme est beau. Traditionnellement, il désigne des exercices de nature spirituelle. Une démarche faite d’attention, de recueillement, ou encore de contemplation. Dans une originale « Adresse » au lecteur qui débute l’ouvrage, Ortega y Gasset y précise son approche et sa méthode. Loin de tout ressentiment, de toute « rancune », ces méditations se veulent des essais conduits par « l’amour intellectuel », « amor intellectualis » selon la formule spinoziste. Pas d’érudition, ni de savoir dans toute sa sécheresse, mais une volonté de compréhension, une « folie d’amour » va-t-il jusqu’à écrire. Ces méditations qu’il qualifie « d’exercice(s) érotique(s) » prendront donc le Don Quichotte comme une sorte de pré-texte, de tremplin pour vagabonder vers toutes sortes de questions : Qu’en est-il de la culture méditerranéenne et de sa « clarté », du monde grec, de l’influence germanique et de ses « brumes » ? Qu’est-ce qu’un peuple ? Qu’est-ce que le « style de vie » espagnol ? Que sont les mythes, la tragédie, le comique ? Qu’est-ce qu’un roman ? On comprendra que le désir de comprendre, l’exploration intellectuelle sont à l’œuvre ici. Et pour notre plus grand plaisir.

Lire la suite sur le site de La Cause littéraire