« Faisez pas les cons ! »

Nouvelles, récits, fables, peu importe le nom, il y en a huit. Dans un décor de grains et de ports désolés, de landes boueuses ou d’herbes rares et d’éboulements divers, bref, d’instabilité générale du Ciel et de la Terre. Y rôdent Albert, dans tous ses états, et ses romanesques amis, quelques énergumènes nomades de son acabit : la succession des litres à 11°5 éclairant diversement d’un voile irisé les fortunes de leurs humeurs et pourquoi pas, une sorte d’humanité. De l’abstème amer jusqu’à la folle bobance.

Rapidement, dans ces parages dévastés, le banal vire à la catastrophe, à la confusion, à l’absurdité, au chambard. Car la vieille humanité océanique rêve encore et n’en peut mais : elle s’exaspère. Les bords perdus, les marges dont il est question dans ce livre, c’est le monde désormais défiguré qui apparaît soudain dans le regard des simples — ils s’y débattent, s’y débrouillent, parfois s’y noient ; ce sont aussi les limites intérieures que l’on tutoie ou franchit avec plus ou moins de vergogne.

Ici on rudoie, on grommelle, on rumine, on écrit en cachette, on invective, on défouraille, on s’entête, on processionne, on saigne, on s’abrutit de vinasse. Et même si dans la crèche grandeur nature, l’enfant Jésus a disparu, on aimerait bien savoir prier. On essaie. On cherche sans doute, sans le savoir, les signes d’un paradoxal salut.

Le lecteur ne s’étonnera pas de trouver dans ces proses, ici ou là, l’écho d’un vers de Rimbaud.

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[…] C’est au bout du monde. Comment s’y sont-ils rencontrés ? Par hasard, c’est la règle.
Sans doute l’Autre à l’âge d’être le père d’Albert, mais ils se sont découvert, à tailler leurs épisodiques bavettes, des expériences presque semblables. Etudes de Lettres. Chagrins d’amour. Ruptures. Fuites.
L’Autre est bref, brutal, peu académique. Infanterie coloniale à passepoils jonquille « et la bibine ». Vingt-cinq années de service pour finir brigadier-chef. « J’étais carbonisé. J’ai fait les trois quarts de mon temps aux arrêts. J’étais peinard. J’ai lu au gnouf presque tous les livres, ceux que je n’avais pas lus aux écoles. Je fus momentanément adjudant chef de pièce, souligne-t-il en levant l’index, cassé, re-adjudant, re-cassé pour ivrognerie. Et voilà. Ça me fait pas lourd de pension, heureusement les années de campagne comptent double, il me reste de quoi ne pas mourir de soif.« 
Albert idem, sans Coloniale.  » Je glande, dit-il, je cherche, ou je re-cherche Dieu, grosso modo ». S’en tient là.
« Bah, fait l’Autre, il finira bien par te retrouver. Quant à moi je ne trouve plus rien à lui dire, et le diable, disons, me pousse à rire. En attendant, choquons nos hanaps. »
On n’en saura pas d’avantage. Pour l’instant.
[…]

H. D.
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Henri Droguet

Henri Droguet est né à Cherbourg en 1944 ; il habite à Saint-Malo depuis 1972 et y a enseigné les lettres jusqu’en 2004.  » Pour tout vous dire (ou presque) Voilà. J’habite par 48°39′ de latitude Nord et 2°01′ de longitude Ouest. J’y prends le vent (secteur dominant nord-quart-nord-ouest) dans tous les sens ; j’y prends la mer (quelquefois); je prends mon temps ; des mots me prennent par surprise. Je n’écris pas de poésie figurative. C’est Pierre SOULAGES qui a dit : « Je ne représente pas, je présente ». Eh bien voilà, je ne figure pas, je défigure et c’est du tohu-bohu élémentaire et verbal que je mets

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