Sommaires

FARIO 10

Il n’y a pas à accentuer exagérément cette oblitération à deux chiffres où nous atteignons. D’autres détails – papiers, encre, etc. - drainent les principales nappes de notre fétichisme. Conséquence d’un défaut de ponctualité dans nos livraisons, nul anniversaire, eussions-nous jamais songé à célébrer quoique ce soit, ne s’accorde à ce passage décimal.
Il est bon de dire que nous n’avions pas prévu d‘en arriver là. Ceci pour deux ordres de raisons.

Le premier est de ne pas nous livrer à quelque plan, d’être assez mal loti en programmes, vues d’avenir, vœux, espoirs et autres amulettes. De ne pas ignorer assez l’obscurité où s’affûtent nos désirs. De n’avoir pas su, à l’heure d’un premier numéro s’il y en aurait un second, à l’heure du second s’il y en aurait un troisième, et ainsi de suite cette marche trébuchante d’une revue. En conséquence de n’avoir pris, dans cette audace d’écrire et d’éditer, que la seule précaution de concevoir chaque numéro comme s’il était tout ensemble le premier et le dernier.

Le deuxième est que nous ne sommes arrivés nulle part. Nous n’avons pas le goût, toujours un peu futile, de nous retourner pour estimer je ne sais quel parcours accompli. Mais le ferions nous que nous serions en peine de trouver les amers propres à ces calculs.

Il y a ce bruit tout autour. Craquements profonds, sinistres, et le vacarme autour que l’on ajuste pour les assourdir. Des jours succèdent aux jours, l’extraordinaire est la manne quotidienne, le bouleversement la règle : s’y épuise le sentiment de la durée. L’implacable marche de la nouveauté arase les reliefs. L’oubli semble chasser toute impression que l’on voudrait se donner. La halte à peine entrevue, le campement à peine établi, que sonne le clairon d’une autre campagne.

Au dehors la tension monte. Pour paraphraser un mot de Goethe, rien ne semble pourtant mûrir. Simplement ça durcit là, ça pourrit ici.

Au péril de voir se propager en nous les putréfactions, les dédains et les chagrins, ou la vitrification - à quoi invite en réaction la danse de saint Guy de la machinerie mondiale en ses fureurs quantitatives, saccadées - atteindre les moindres fibrilles du cœur, à la crainte qui parfois nous traverse de ne plus avoir la force de recevoir, de ne plus être touchés, soulevés, visités comme nous ne pouvons oublier l’avoir été, que prétendre opposer ?

Il ne faut rien prétendre. Il faut faire, et peut-être pas seulement son possible.

Nous n’avons de moyen que la manière de dire.

Cette revue n’est munie d’autre laissez-passer que l’ensemble des textes qu’elle a le privilège d’accueillir et de ceux auxquels, par-delà les années et les distances, ils font parfois écho.

Sous le ciel pesant et les chambardements, nous sommes pourtant assurés qu’il y a de l’inconnu qui persiste, de l’étranger qui demeure, un reste tout de même incalculé, et dans le chambardement même des vies qui réclament leur part de clair-obscur ou la justice d’un récit, un réel qui ne se donnera pas sans sa fiction, des vérités qui attendent un peu de jour.

Nous avons du tremblement, de l’inquiétude, on le sait des fatigues et parfois, c’est juste de le constater, de la joie à permettre, si peu que ce soit, cela.

VP

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