2 juin 2010 : La lucarne des écrivains


La revue fario et les éditions Laurence Teper vous invitent à une rencontre

le Mercredi 2 juin à 19h30

"Dans la chimère des mots"
Poètes du ghetto de Czernowitz (1941-1942)

avec François Mathieu, Laurence Teper et la revue fario

à la librairie La Lucarne des écrivains
115, rue de l’Ourcq 75019 Paris Métro Crimée

http://lucarnedesecrivains.free.fr

http://www.editionslaurenceteper.com

François Mathieu a traduit et assemblé un grand nombre de poèmes, correspondances, témoignages, recomposant à plusieurs voix de poètes et d’écrivains la chronique de la constitution du ghetto puis de la déportation des juifs de Czernowitz. Nous reproduisons ici l’introduction à la deuxième partie de cet ensemble, publiée dans la huitième livraison de fario.

La Transnistrie est la région comprise, au sud-ouest de l’Ukraine, entre le Dniestr (en roumain « Nistru ») et le Boug, deux fleuves qui se jettent dans la mer Noire. Conquise sur les Soviétiques par les Allemands et les Roumains lors de la campagne de Russie, elle est placée sous l’autorité de l’administration roumaine (traité de Tighina du 30 août 1941) et le contrôle militaire allemand, Odessa en étant la capitale.
Le 11 octobre 1941, les autorités roumaines transforment le quartier juif de Czernowitz (Bucovine) et ses rues avoisinantes en ghetto. Le même mois, les déportations en Transnistrie commencent. Jusqu’à la mi-novembre, 29 000 Juifs y sont déportés. L’hiver met fin provisoirement aux transports humains qui, en juin 1942, reprennent.
Le ghetto de Moghilev, ville ukrainienne en ruines sur la rive gauche du Dniestr, sert de lieu de concentration transitoire de l’« Orient roumain ». Plus d’une centaine de bourgades, villages et hameaux disséminés entre le Dniestr et le Boug, d’où une grande partie de la population autochtone a disparu, parce qu’elle a fui devant la Wehrmacht ou qu’elle a été exterminée par elle, ont été convertis en camps improvisés. À l’autre extrémité de la Transnistrie, sur la rive gauche du Boug, la Carriera de Piatrǎ ou Carrière du Boug est l’un d’entre eux. Les Allemands qui occupent la rive gauche du fleuve (Reichskommissariat Ukraine ) exigent des Roumains qu’ils leur livrent régulièrement des Juifs de Bucovine, de Bessarabie et de la région de Dorohoi qu’ils parquent dans les camps de l’Organisation Todt (OT), laquelle, en 1942, pour construire la « Transversale IV » , emploie 50 000 Ukrainiens, 50 000 prisonniers de guerre et 10 000 Juifs sous la surveillance de 5 000 Allemands, Lituaniens et Lettons. En 1943, la Wehrmacht subissant les revers qui vont mener à sa défaite, le nombre de travailleurs forcés est réduit à 70 000, et les travaux sont arrêtés l’année suivante.

Créant à Dachau le premier camp de concentration destiné d’abord aux opposants politiques antifascistes, Heinrich Himmler avait clamé le 4 mars 1933 : « Je n’ai pas à exercer la justice, mais à exterminer et anéantir. » Le camp de Michailovka dans le Reichskommissariat Ukraine est un lieu d’application du programme d’anéantissement massif des Juifs de l’Europe de l’Est par le travail et la faim, principe fondateur du III e Reich.

La présente chronique (publiée dans le numéro 8 de la revue ) fait suite à la Chronique du ghetto de Czernowitz (1941-1942) parue dans le numéro 7 de « Fario ». Comme celle-ci, elle est un montage de textes, poèmes et proses écrits pendant et plus souvent postérieurement à l’événement, par des témoins et victimes juifs de langue allemande de Bucovine, et traduits pas nous. Dans le prolongement de l’anthologie Poèmes de Czernovitz. Douze poètes juifs de langue allemande, collection « Bruits du temps », éditions Laurence Teper. Consacrée à l’année 1942, cette deuxième partie en précède une troisième, l’année 1943 et le début de l’année 1944 jusqu’à la libération de cette région par l’Armée rouge ; et une quatrième, la vie dans le ghetto de 1941 à 1944, la survie sans cesse menacée de quelques-uns des 15 000 Juifs autorisés à rester à Czernowitz en raison de leur utilité économique, ou survivant dans la clandestinité, cachés au gré de courageuses opportunités.

François Mathieu