La très haute grange parmi les prairies, avec son toit de tuiles fraîches où s’avivent les ciels d’été, l’âpre crépi des murs, le banc toujours vide entre deux portes fermées, ce Port-des-Prés tout pareil (on dirait) à d’autres granges perdues dans d’autres prairies, d’où vient que je retourne à lui sans cesse, comme si, hors les sables du réel, une oasis miraculeusement m’était donnée où triomphe enfin la toute puissance du coeur ?

Gustave Roud


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Printemps été 2012

Lieux dits. Ecrire quelque part ?

L’un compose ses ouvrages en marchant, l’autre en prison, un troisième s’enferme dans une chambre tapissée de liège, un poète note assis sur le mur des cimetières, certains écrivent dans les cafés, dans le métro, les trains, une autre enfin réclame une chambre à elle : séjours et divagations…

Où écrivez-vous ?

Il est possible que le lieu physique, la région, la ville, le quartier, la maison où il a fallu naître, ou atteindre, ou qu’on a dû quitter ne soient pas choses négligeables. Sans rien écarter des coordonnées géographiques générales la question peut aussi éventuellement s’étendre aux heures et aux jours, aux saisons et aux humeurs, aux présences ou aux absences (êtres, choses, livres) qui semblent requises. Où, mais aussi quand, comment ?

La détermination de la (suffisamment bonne) distance avec l’objet ou le destinataire d’un texte est évidemment sous-jacente.

Sans court-circuiter ou rabattre trop vite la dimension physique et concrète, y aurait-il correspondance, analogie, circulation avec un espace interne ?

La littérature permettrait-elle une tentative de rencontre, d’échange même ténu, entre la « chose pensante » et la « chose étendue » ?

Comment l’espace, dans ses dimensions symboliques ou imaginaires, viendrait-il se réfléchir ou se projeter dans les mots, dans les phrases, dans les pensées, les troubler ou les altérer ? Ou à l’inverse comment l’écriture peut-elle dresser un rempart contre l’espace, être un non-lieu ?

Rêvez-vous parfois à un autre lieu où écrire, plus ou moins idéal ?

Si la question n’est pas pertinente pour vous, pouvez-vous y répondre en tant que lecteur : pensez vous que certaines oeuvres gardent, à un titre ou un autre, l’empreinte du lieu où elles ont été conçues ?

Merci de répondre, à votre guise et donc sans vous en tenir strictement aux formulations ici proposées, à cette interrogation sur le lieu et par extension les conditions de l’écriture.

Les réponses à ce questionnaire par Serge Airoldi, Pierre Bergounioux, Lionnel Bourg, Henri Droguet, Jean-Pascal Dubost, Anselm Jappe, Gérard Macé, Jean Martory, Yannis Kiourtsakis, Jean-Claude Pinson, Eugenio de Signoribus, Salah Stétié, James Sacré…

Le livre ouvert, cahier non thématique, présente des textes de de Jacques Réda, Baudouin de Bodinat, Jacques Damade, Christian Fumeron, Stamatis Polenakis, Jacques Lèbre, Arseni Tarkovski, Mary-Laure zoss.

Sans oublier la rubrique : Faits et défaits contemporains.

Et les gravures d’un grand artiste italien, Livio Ceschin accompagnées d’un texte de Serge Airoldi.

Fario 11
Prix : 28€


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